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Réflexion pour les élections et aussi pour tous les maires et préfets. Dépenser moins. Dépenser mieux.

672680507 10162576644482267 1825713768850414430 nVous l’avez sans doute remarqué, je profite de la présente campagne électorale pour interpeller les candidat(e)s sur certains enjeux qui préoccupent notre territoire et sur des dossiers qui, à force de s’éterniser, finissent par s’enraciner dans le paysage comme s’ils étaient devenus une fatalité.
Cette démarche est légitime. Les municipalités sont aux premières loges des réalités quotidiennes. Elles voient les besoins émerger, les infrastructures vieillir, les attentes se transformer et les responsabilités s’accumuler. Elles sont souvent le premier comptoir auquel frappe le citoyen, même lorsque la réponse relève d’un autre ordre de gouvernement.

 Mais à force de tendre la main vers Québec ou Ottawa, il serait malvenu d’oublier de nous regarder nous-mêmes.

 Le miroir est parfois moins confortable que la tribune, mais il est tout aussi nécessaire.

 Les villes, les municipalités, les MRC et les différentes organisations qui gravitent dans cet écosystème ont elles aussi un devoir de sobriété, de discernement et de rigueur. La saine gestion des deniers publics ne saurait être une vertu que l’on exige des autres tout en s’accordant, chez soi, quelques largesses au nom de l’habitude ou de la représentation.

 Et cette discipline commence, aussi symbolique que cela puisse paraître, par les élus eux-mêmes.

 Congrès, déplacements, représentations, nuitées, repas, kilométrage : aucune de ces dépenses n’est illégitime en soi. La représentation fait partie de nos responsabilités et certaines rencontres sont indispensables. Mais toute dépense publique devrait franchir une épreuve élémentaire : sert-elle véritablement l’intérêt de la collectivité qui la finance?

 À une époque où une chambre d’hôtel peut coûter une petite fortune, où les tables sont devenues considérablement plus dispendieuses et où chaque déplacement alourdit la facture, peut-être devons-nous avoir la sagesse de distinguer l’utile du coutumier.

 Devons-nous assister à tous les congrès simplement parce que nous y avons toujours participé? Chaque délégation est-elle nécessaire? Chaque déplacement produit-il une valeur tangible pour nos citoyens?

 Ce ne sont pas des questions accessoires.

 Et puisque nous parlons de la responsabilité des élus envers les deniers publics, une autre question mérite, à mon sens, d’être posée : est-il encore souhaitable que les élus municipaux soient appelés, directement ou indirectement, à déterminer eux-mêmes leur propre rémunération et leurs conditions?

 Il y a là, à tout le moins, une apparence de paradoxe. Dans pratiquement toutes les organisations, on cherche à établir une certaine distance entre celui qui reçoit une rémunération et celui qui en fixe les paramètres. Le monde municipal gagnerait peut-être à appliquer à ses élus cette même saine distance.

 Pourquoi ne pas confier au gouvernement du Québec la responsabilité d’établir un cadre uniforme de rémunération et de conditions pour les élus municipaux, modulé selon des critères objectifs : population, responsabilités exercées, complexité administrative, caractère à temps plein ou partiel de la fonction, responsabilités supramunicipales et autres paramètres pertinents?

 Il ne s’agirait pas d’imposer le même salaire au maire d’un village de quelques centaines d’habitants et à celui d’une grande ville. Ce serait précisément l’inverse : établir une architecture cohérente plutôt qu’une mosaïque de décisions locales, avec des balises suffisamment intelligentes pour tenir compte de la réalité de chaque fonction.

 On éviterait ainsi que des municipalités comparables présentent des écarts difficilement explicables ou que les élus se retrouvent dans la position inconfortable de devoir débattre publiquement de leur propre rémunération.

La rémunération des élus ne devrait être ni une enchère ni un concours de modestie. Elle devrait simplement correspondre, avec mesure et cohérence, aux responsabilités exercées.

 Un cadre national aurait au moins le mérite de sortir cette question de l’arène politique locale, d’assurer davantage d’équité entre les municipalités et de protéger à la fois le contribuable et l’élu. Celui qui tient les cordons de la bourse publique ne devrait pas avoir à ajuster lui-même la longueur de sa propre corde.

 Car l’argent public possède une caractéristique que l’on oublie parfois derrière les colonnes d’un budget : avant d’appartenir à l’État, il appartenait à quelqu’un.

 Derrière chaque dollar dépensé se trouve un citoyen qui s’est levé le matin pour le gagner. Une famille qui revoit son budget. Un retraité qui calcule davantage. Un commerçant qui absorbe des coûts croissants. Un propriétaire qui reçoit son compte de taxes et qui, lui aussi, doit faire des arbitrages.

 Nous ne pouvons demander au contribuable de serrer sa ceinture tout en considérant que la nôtre possède une boucle extensible.

 Cette réalité devrait nous accompagner chaque fois que nous autorisons une dépense.

 Je demeure convaincu que le monde municipal peut faire mieux. Non pas en cultivant une austérité stérile, mais en renouant avec une forme de frugalité intelligente : celle qui retranche le superflu pour préserver l’essentiel.

 Il faut également avoir le courage d’ouvrir le capot de notre propre appareil administratif.

 Au fil des années, les structures se sont additionnées. Des entités se sont créées, des missions se sont parfois chevauchées, des responsabilités se sont superposées et certains organigrammes ont grandi par sédimentation, une strate après l’autre.

 Or, une structure administrative possède rarement l’instinct de se réduire d’elle-même.

 Chaque nouvelle organisation entraîne son cortège de dépenses : gouvernance, ressources humaines, locaux, technologies, déplacements, administration. Pris isolément, chacun de ces coûts peut sembler raisonnable. Exponentiels au fil des années, ils finissent parfois par détourner une part appréciable des ressources de leur destination première.

 Il ne s’agit évidemment pas de manier la hache là où le scalpel suffit.

Il s’agit plutôt de rechercher méthodiquement l’efficience : mutualiser lorsque c’est possible, simplifier lorsque c’est souhaitable, abolir les dédoublements lorsqu’ils n’apportent aucune valeur supplémentaire et avoir le courage de remettre en question ce que l’habitude a fini par transformer en nécessité apparente.

 Car l’objectif n’est pas simplement d’économiser.

 L’objectif est de libérer des ressources pour les ramener là où elles produisent quelque chose de tangible.

 Dans nos rues. Dans nos infrastructures. Dans nos réseaux d’aqueduc et d’égout. Dans nos parcs. Dans nos équipements. Dans la sécurité de nos quartiers. Dans nos services de proximité. Dans le développement économique et dans ces investissements qui façonnent réellement la qualité de vie d’une communauté.

 Autrement dit, consacrer davantage de nos moyens à ce qui constitue la véritable mission des villes et des municipalités.

 Une administration publique ne devrait pas devenir une maison dont on agrandit continuellement les corridors au point de manquer d’argent pour entretenir les pièces où vivent ses occupants.

 Les structures sont des moyens. Elles ne doivent jamais devenir une fin.

Nous demandons avec raison aux gouvernements supérieurs davantage de prévisibilité, un financement à la hauteur des responsabilités qui nous sont confiées et des investissements structurants pour nos communautés. Mais notre parole acquiert davantage de poids lorsque nous pouvons démontrer que, de notre côté de la table, nous avons retourné chaque pierre.

 La rigueur budgétaire n’est donc pas l’art de dépenser le moins possible.

 C’est l’art, autrement plus exigeant, de dépenser à la bonne place.

 De savoir distinguer ce qui fait fonctionner une organisation de ce qui la fait simplement grossir. De reconnaître la différence entre une dépense qui entretient la machine et un investissement qui fait avancer la communauté.

 Nos citoyens ne nous confient pas leurs taxes pour contempler la mécanique municipale. Ils nous les confient pour que cette mécanique produise des résultats.

 Alors oui, interpellons les gouvernements. Réclamons notre juste part. Défendons vigoureusement nos territoires.

 Mais ayons également l’exigence de nous regarder dans le miroir.

 Parce qu’avant de demander davantage, nous devons pouvoir démontrer que nous faisons le meilleur usage possible de ce que les citoyens nous confient déjà.

 Moins de ressources pour nourrir la mécanique.

Davantage pour accomplir la mission.

 Dépenser moins lorsqu’on le peut. Dépenser mieux toujours.

 Et surtout, ne jamais perdre de vue pour qui et pourquoi nous le faisons : le contribuable.

Pierre-Luc Bellerose, maire de Joliette et préfet de la MRC de Joliette

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